mardi 28 janvier 2014

LE NAZISME A T-IL ÉTÉ UNE DICTATURE DU BIEN-ÊTRE ?

Nazisme : idéologie politique du parti national socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) fondé en Allemagne en 1920 et dirigé par Hitler.
Bien-être : bonheur, confort, santé, argent nourriture et travail.
Dictature-providence : Obéissance totale du peuple dans une dictature qui est mieux acceptée grâce aux mesures sociales aidant au bien-être.



LE NAZISME A T-IL ÉTÉ UNE DICTATURE DU BIEN-ÊTRE ?


 La dictature hitlérienne a profité à plus de 94 % des allemands en partie grâce aux mesures sociales lancées par le régime nazi. Les allemands qui en ont profité ne voyaient pas le national-socialisme comme un système d’oppression et de terreur mais plutôt comme un régime de confort social, une dictature-providence. Grâce aux réformes sociales, à une politique fiscale favorable à l'homme et aux multiples possibilités d'ascension sociale, l'opinion publique n'a cessé d'augmenter, ou tout au moins de rester stable.


Quelles mesures sociales ?
l’État a mis en place des réforment favorisent les grands groupes industriels et bancaires
Elle a été menée en 2 étapes:
      - de 1933 à 1935, l'objectif est de sortir de la crise en favorisant l'industrie: la concentration est encouragée, de grands travaux sont lancés (autoroutes, logements, canaux....), le réarmement commence, des accords de troc permettent de relancer le commerce extérieur, la baisse du pouvoir d'achat des salariés permet d'augmenter les profits.
      Les résultats sont positifs: la croissance repart, le chômage baisse fortement. Ce succès accroit sensiblement la popularité du régime. Il faut cependant remarquer qu'Hitler arrive au pouvoir dans une période de reprise économique internationale.
      - de 1936 à 1939,un plan quadriennal est lancé pour réaliser un développement accéléré de la production d'armement et pour faire de l'économie allemande une économie de guerre. A cette fin, l'économie devient autarcique, c'est à dire que l'Allemagne s'efforce d'être autosuffisante. Par exemple, la production de caoutchouc et d'essence synthétiques atteint un stade industriel. A la veille de la guerre, tandis que les difficultés économiques touchent encore les grandes puissances capitalistes, le régime nazi affirme que, de même que l'Allemagne a vaincu la crise, elle pourra triompher de tous ceux qui s'opposeront à ses ambitions internationales.



LE CONSENTEMENT PAR LE BIEN-ÊTRE ?





Les nazis flétrissaient le "matérialisme" des démocraties et du communisme soviétique et prétendaient être les seuls à réhabiliter l'idéal et l'idéalisme en politique dans le monde contemporain. En dépit de cette posture, ils étaient convaincus que les grandes commotions révolutionnaires de l'histoire résultaient de l'insatisfaction matérielle des masses populaires et veillaient tout particulièrement à ce que le peuple allemand ne manque de rien. Un régime comme le nazisme ne peut subsister douze ans grâce à la seule Gestapo : il y eut aussi consentement de la part du peuple allemand. Et ce consentement fut, selon l'expression de l'historien Gdtz Aly, "acheté" par le bien-être matériel.
Le 27 novembre 1933 fut ainsi fondée la "Force par la Joie",une subdivision du syndicat
unique, le Front du travail allemand (Deutsche Arbeitsfront, DAF). Cette organisation devait offrir aux ouvriers et aux classes moyennes des loisirs qui n'avaient été jusque-là accessibles qu'aux seuls privilégiés : sport, vacances à la mer et à la montagne, spectacles... et automobile. En 1938, la KdF inaugure l'usine de production de la KdF-Wagen, vite appelée Volkswagen ("voiture du peuple"). Conçu par l'ingénieur Ferdinand Porsche, ce véhicule devait être produit en masse selon les principes fordismes : doté d'un moteur simple et robuste, pratique et spacieuse (cinq places), la Volkswagen devait rendre mobile la famille allemande idéale et faire entrer l'Allemagne dans l'ère de la motorisation et de la consommation de masse - les autoroutes du Reich étant prêtes à les accueillir. Son prix, relativement faible, correspondait tout de même à plus de six mois de salaire d'un ouvrier. La KDF ouvrit donc une souscription par achat de bons : plus de 300000 personnes commandèrent leur Volkswagen... qui ne fut jamais livrée car, dès 1939, l'usine de Fallersleben (près de Wolfsburg, en Basse-Saxe) construisit des véhicules militaires (la Kübelwagen de la Wehrmacht, équivalent allemand de la jeep) sur le châssis et avec le moteur dessinés par Porsche.
Ce qu'offrit véritablement la Force par la Joie aux Allemands, ce furent des vacances : pendant que la France, à l'été 1936, inventait les congés payés, le IIIe Reich gagnait le consentement de la société par des croisières et des séjours à la mer. La KDF dispose rapidement d'une flotte de paquebots de luxe, dont profitent sept millions d'Allemands qui voguent ainsi, à bas prix, vers la Scandinavie ou vers Madère. La KDF bâtit aussi des complexes de villégiature, comme la monumentale station balnéaire de Prora, sur l'île de Rügen (mer du Nord), dotée de 20000 lits, d'un port de débarquement et d'équipements de loisir: l'île, sauvage, pourvue d'un biotope remarquable, est ainsi allégrement bétonnée pour "Tes vacances", comme le vante cette affiche de 1939.
On est frappé, en voyant ces images, de constater à quel point la publicité nazie est conformiste : on retrouverait les mêmes arguments, les mêmes croquis automobiles et les mêmes silhouettes, profils, sourires et vêtements dans n'importe quel catalogue américain, britannique ou français de l'époque, et pour cause - la société de consommation avait des codes déjà bien établis et reposait sur des stéréotypes reproduits, empruntés, copiés, y compris par les nazis.
C'est à la jouissance de ce bien-être matériel, de cette consommation de masse, que les nazis voulaient faire accéder le peuple allemand - et cette politique ne s'est pas démentie pendant la guerre, bien au contraire, puisqu'il s'est agi d'éviter à tout prix une rupture entre le front et l'arrière, entre le pouvoir et le peuple. Gôtz Aly montre que la politique sociale (allocations diverses) et fiscale du Reich fut douce envers la grande masse du peuple allemand : Hitler refusa obstinément, contre toute évidence comptable et au grand désespoir de son ministre des Finances (Schwerin von Krosigk), d'augmenter les impôts, sauf sur les plus riches et sur les entreprises : la note de Martin Bormann, le secrétaire de Hitler, montre que le Führer se préoccupe, en 1943, de l'accès des masses +aux produits de consommation courante, quitte à taxer les transactions de luxe et les revenus élevés (6000 Reichsmarks/an, soit plus de trois fois le revenu annuel d'un ouvrier).
Cette politique a un prix: ce que les impôts ne financent pas, ce sont les spoliations qui le payent. En 1938, après le pogrom de la "nuit de cristal", Goering préside à la "déjudaïsation" (Entjudung) de l'économie et taxe massivement les juifs qui restent dans le Reich. Ceux qui émigrent doivent abandonner leurs biens. À partir de 1939, ce sont les territoires occupés par l'Allemagne qui, dans le cadre d'une prédation systématique, permettent aux Allemands de manger à leur faim et les détournent d'une révolte contre le régime.



 
LES NAZIS SONT-ILS PARVENUS DÉMOCRATIQUEMENT AU POUVOIR ?





L'idée est devenue aujourd'hui un lieu commun ressassé après chaque scrutin marqué par l'abstention ou par la progression de l'extrême droite: c'est une démocratie (la république de Weimar) qui a fait le lit du nazisme, non seulement par son impéritie propre (défauts de la Constitution), mais aussi parce que les nazis seraient arrivés au pouvoir en raison du fait majoritaire, donc en raison d'un processus électoral qui est au fondement de la démocratie libérale. Or, cette idée est fausse.
Il est vrai que, après l'échec du putsch de 1923, Hitler adopte une stratégie légaliste : les nazis doivent parvenir au pouvoir par la force des urnes, et non des armes. Cette ligne électoraliste est maintenue au moment de l'étiage (1924-1930), période durant laquelle lés nazis ne se hissent pas au-dessus de 3 % des voix, comme au moment des succès les plus vertigineux (37 % des voix en juillet 1932). Il est vrai aussi que les nazis ne font pas mystère de profiter de la démocratie (élections, financements publics, immunités parlementaires) pour in fine abolir cette démocratie elle-même: la république de Weimar, si libérale et tolérante dans le respect de l'expression politique de chacun, n'a donc pas su se protéger, tant et si bien que les démocraties contemporaines ont élaboré des dispositifs contre les visées anticonstitutionnelles de tout groupe ou parti qui prétend subvertir la démocratie pour retourner la liberté contre elle-même.
Il est cependant faux d'affirmer que les nazis ont été portés au pouvoir par les urnes: certes, leur progression est spectaculaire aux élections législatives entre 1928 et 1932, mais la tendance électorale s'est retournée entre juillet et novembre 1932. Lors des élections de novembre, provoquées par une nouvelle dissolution du Reichstag, le parlement allemand, ils perdent 6 points, soit deux millions de voix, et la panique saisit la hiérarchie du NSDAP : Goebbels confie même à son journal, fin décembre 1932, son humeur morose, convaincu qu'il est que, décidément, son parti et son Führer ne parviendront jamais aux responsabilités.
Que s'est-il donc produit? Des intrigues politiques, bien connues depuis des travaux déjà anciens de Karl-Dietrich Bracher (Die Auflbsung der Weimarer Republik, 1955), confirmés par ceux, plus récents, de Dirk Blasius (Weimars Ende. Bürgerkrieg und Politik 1930-1933, 2005). Depuis 1930, le parlementarisme est de facto suspendu en Allemagne, après l'éclatement de la grande coalition droite-gauche emmenée, de 1928 à 1930, par le chancelier SPD Hermann Müller, éclatement dû aux désaccords qui opposaient socialistes et conservateurs sur la politique à mener en réponse à la crise (relance et politique sociale ou rigueur budgétaire). Démocrate par nécessité mais monarchiste par conviction, le président Hindenburg (chef de l'État depuis 1925) nomme pour résoudre la crise un cabinet d'experts, dirigé par l'économiste conservateur Heinrich Brüning, chancelier en mars 1930: comme ce gouvernement ne dispose d'aucune majorité et ne peut faire adopter de lois par le Reichstag, Hindenburg signe des décrets-lois, procédure exceptionnelle autorisée par l'article 48 de la Constitution mais qu'il transforme en pratique routinière, en dehors de tout contrôle (par une juridiction suprême ou par une cour constitutionnelle, par exemple). Ces "cabinets présidentiels" court-circuitent le Reichstag, sous Brüning, mais aussi sous Papen (juin-novembre 1932) et sous Schleicher (novembre 1932-janvier 1933). Conservatrice socialement et "orthodoxe" budgétairement, cette politique favorise les intérêts des industriels et des grands agrariens qui entourent le président. Au fil des élections législatives, l'effondrement des partis de droite (sauf le Parti nazi) et la progression des communistes inquiètent les milieux patronaux et financiers qui souhaitent que, contre le danger bolchevique, les nazis soient associés au gouvernement pour lui donner un soutien populaire dont il ne dispose pas sans les masses nazies. Face à un Hindenburg réticent, Papen propose une combinaison droite-nazis, un cabinet de coalition Hitler-Papen, formé le 30 janvier 1933. Papen évince ainsi Schleicher et pense pouvoir manipuler aisément les ministres et le chancelier nazi...
Le NSDAP n'est donc pas plus parvenu à la chancellerie à l'issue d'une "prise de pouvoir" (Machtergreifung) qu'au terme d'un processus démocratique, pour la simple raison que le fonctionnement normal de la démocratie parlementaire a cessé en 1930 et que les nazis sont en reflux électoral. Leur perte d'attractivité n'est sans doute pas étrangère à la violence physique inouïe dont leurs SA et SS font preuve, notamment lors des campagnes électorales de l'été et de l'automne 1932: étudiée par des historiens aussi bien allemands (Sven Reichardt ou Dirk Schumann, Politische Gewalt in der Weimarer Republik 1918-1933. Kampf uni die Strasse und Furcht vor dem Biirgerkrieg, 2000) que français (Johann Chapoutot, Le meurtre de Weimar, 2010), cette violence s'explique par la rémanence d'une culture de guerre, mais aussi par la désespérance sociale induite par la crise économique, tout comme par la relative faiblesse d'une démocratie trop libérale, trop respectueuse des libertés pour faire face à des assauts aussi déterminés de partis qui voulaient sa mort.

SÉDUCTION ET RÉPRESSION :

La terreur et la propagande: voilà, au fil des décennies, à quoi s'est réduit le paradigme totalitaire tel qu'il avait été défini dans les années 1950 par Carl Friedrich et Hannah Arendt. Le concept de "totalitarisme", élaboré dans un contexte de guerre froide pour permettre des comparaisons politiquement opportunes entre nazisme et stalinisme, a tendance à être délaissé par les historiens du nazisme parce que la comparaison avec l'URSS de Staline est pauvre (il y a certes familiarité des moyens mais divergence des fins), mais aussi parce que le couple propagande-terreur sous-tend une conception un peu réductrice, mécaniste, de l'homme et de la société. Depuis des décennies, et dans des champs historiographiques divers (que l'on pense ici à l'étude des mobilisations militaires et de la Grande Guerre en France), le concept de "consentement" est de plus en plus mobilisé par les historiens : redécouvrant la "servitude volontaire" de La Boétie, les historiens de la Grande Guerre expliquent quatre ans de tranchées par autre chose que la peur du gendarme et des cours martiales.
De même, les spécialistes du nazisme font désormais la part belle au consentement, à l'adhésion des Allemands au IIIe Reich. Robert Gellatelly intitule ainsi son étude sur les liens entre Gestapo et société allemande Consent and Coertion ("Le consentement et la contrainte"; traduite en français sous le titre Les Allemands et leur Führer, 2003) pour montrer que si la Gestapo Fait peur, elle est aussi aidée, de manière approbatrice et active, par une fraction non négligeable de la population allemande qui dénonce ~t renseigne, pour des motifs parfois sordides le profit matériel escompté, mais aussi par adhésion au projet idéologique de purge visant à débarrasser le corps allemand de ses éléments étrangers et "asociaux".
Les historiens ont ainsi opéré une sorte de révolution copernicienne dans la manière de considérer le nazisme : le IIIe Reich n'a pas été que "nuit et brouillard" ou noir et blanc des images d'archives, il a aussi été une réalité colorée, voire riante, pour des dizaines de millions d'Allemands, qui ont profité d'une politique fiscale douce pour la majorité et d'une politique sociale généreuse. C'est ce que montre magistralement l'historien Gdtz Aly dans Hitlers Volkstaat ("L'État du peuple hitlérien", traduit en français sous le titre Comment Hitler a acheté les Allemands, 2005) : pendant douze ans, les nazis ont fait peser le coût de leur politique sociale sur les juifs (spoliation par "aryanisation") et sur l'Europe occupée (prédation par réquisitions), pour le plus grand profit d'une population allemande dont l'adhésion était ainsi obtenue par la satisfaction matérielle et la jouissance des aménités et des biens (TSF, automobile, etc.) d'une société de consommation qu'il entrait dans les plans nazis de développer en Allemagne. En 1945, les soldats américains qui sillonnent l'Europe de l'Ouest s'étonnent des joues roses et pleines qu'ils rencontrent dans le Reich, alors que l'Europe crie famine... Pendant douze ans la hiérarchie nazie avait tout fait pour préserver son peuple de la misère matérielle qui, en 1917-1918, avait provoqué le divorce entre l'arrière et le front, et entre le Kaiser et ses sujets : la terreur des dirigeants du Reich était de revivre une révolution semblable à celle qui, selon eux, avait amené à la défaite et à l'abdication des Hohenzollern.
La séduction est aussi le produit d'une mise en scène du régime très étudiée qui, en associant la beauté à la force, vise à susciter la "fascination" : ce sentiment de sidération esthétique, qui désarme le sens critique et entraîne l'approbation de l'affect, a fait l'objet de plusieurs études au début des années 1990, comme l'exposition "Fascination et violence" (Faszination und Gewalt, 1992) présentée à Nuremberg sur le site des congrès nazis et l'essai de Peter Reichel, consacré à la "beauté du III" Reich" (Der schône Schein des Dritten Reiches, 1991) traduit en français sous le titre La fascination du nazisme. Tous les arts sont mobilisés dans ce projet de défense et illustration esthétique du projet nazi: le cinéma, la photographie, la sculpture et l'architecture donnent à voir un régime qui inaugure un nouvel âge d'or de la culture européenne, une renaissance de la race germanique et de son art, après les mille ans de décadence médiévale et les deux cents ans de dévoiement révolutionnaire. C'est à une renaissance de la race que le nazisme prétendait présider, en multipliant les représentations mélioratives du canon physique (statues néo-antiques de Arno Breker) et les projets architecturaux néo-romains ("Germania", projet de réaménagement de Berlin élaboré par Albert Speer) : une renaissance esthétique et éthique, solidaire d'un projet de refondation biologique et sociale d’une race nordique qui est invitée à retrouver la prime pureté de son passé antique supposé.



Conclusion:
Sous-estimé par la gauche et par la droite, Hitler est parvenu facilement, une fois devenu chancelier, à imposer la dictature de son parti et à anéantir toute opposition.



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